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Le point sur les conditions de travail en Chine

16 mars 2017
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Sur son site, la marque américaine de vêtements haut de gamme Everlane parle de chacun de ses fournisseurs, photos à l’appui. Parmi eux, une usine chinoise. Local impeccable, ouvrières souriantes et machines dernier cri… On est loin de l’image du “made in China”, avec ses sweatshops et ses ouvriers travaillant à même le sol. Depuis une dizaine d’années, l’industrie textile chinoise se transforme. Les salaires des ouvriers ont augmenté et le pays a adopté des lois pour améliorer la protection de leurs droits. Résultat : des travailleurs ont vu leurs conditions de travail améliorées. Le “made in China” est-il pour autant redevenu innocent ? Aujourd’hui, c’est un fait, on peut trouver de bonnes usines en Chine. On peut y produire de manière éthique, comme le fait Patagonia par exemple. Mais la réalité reste difficile pour une majorité des travailleurs. Je trouvais intéressant de faire le point sur les salaires, les lois, les contrôles… Voici les infos que j’ai trouvé. Vous avez toutes mes sources en bas de l’article !

D’abord, quelques chiffres : la Chine est toujours le plus grand exportateur mondial de vêtements (39% du marché), avec 100 000 usines de production et plus de 10 millions d’employés.

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● UN SALAIRE MINIMUM DE 230€ ET UN SALAIRE VITAL DE 525€ 

Le salaire minimum augmente de 13% chaque année depuis 10 ans. Les montants varient entre $150 (140€) et $320 (300€) selon les régions, pour une moyenne de $240 (230€). Les coûts du travail unitaires ont ainsi fortement augmenté : ils sont seulement 4% plus bas qu’aux Etats-Unis. Première raison : une grave pénurie de main d’œuvre peu qualifiée, comme le requiert le textile. Les jeunes préférent de plus en plus travailler dans un bureau plutôt qu’à l’usine. De plus en plus formés, ils tournent vers d’autres secteurs. Deuxième raison : des taux élevés de turnover des travailleurs. Une marque de vêtements a même doublé les salaires pour inciter ses employés à rester.

Ces évolutions ont d’ailleurs mené à des délocalisations massives : des marques (H&M, Adidas) et leurs sous-traitants chinois déplacent leur production vers des pays où la main d’oeuvre est encore moins cher : Bangladesh, Vietnam, Sri Lanka, Indonésie, Cambodge et Myanmar. En Chine, l’ouvrier moyen gagne $27,50 (26 €) par jour, contre $8,60 (8€) en Indonésie et $6,70 (6€) au Vietnam. Le Myanmar est un nouvel eldorado pour des marques comme H&M et Gap avec un salaire minimum de $63 et une semaine de travail de 6 jours (par comparaison le salaire minimum au Vietnam et au Cambodge est compris entre $90 et $145).

Cependant, en Chine, le salaire vital s’élève à $557 (525€). Le salaire minimum moyen représente donc à peine 43% du salaire vital. Il est insuffisant pour garantir les besoins fondamentaux de l’ouvrier et de sa famille (loyer, alimentation, santé, protection sociale, éducation, transports, etc.). Les travailleurs de l’industrie textile atteindraient le salaire vital en 2023, sur un même taux de croissance des salaires. Cependant, rien n’est moins sûr : pour certains observateurs, cette augmentation impressionnante indique surtout à quel point les salaires étaient bas il y a quelques années. Cet écart avec le coût de la vie explique que la plupart des travailleurs dorment dans leurs usines. Ils sont ainsi souvent 6 à 8 personnes dans un dortoir.

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● DES HEURES SUPPLÉMENTAIRES ILLÉGALES ●

Vu que les revenus sont insuffisants, les heures supplémentaires illégales se sont généralisées. La loi prévoit un maximum de 44 heures par semaine et de 36 heures sup’ par mois, majorées du salaire de base de 150 %. Dans les faits, et particulièrement dans l’industrie textile, cette limite de 36h est largement dépassée, du fait des bas salaires, d’un système de rémunération parfois à la pièce (avec des objectifs de production irréalisables) et de la pénurie de main d’œuvre. L’enquête de la Fédération internationale des droits de l’Homme (FIDH) note que le nombre d’heures hebdomadaires était généralement de 60 h et pouvait s’élever jusqu’à 80 h. Il arrive également que ce soit du travail forcé. Les sanctions envers ceux refusant ces heures sont répandues. La pénurie d’ouvriers a aussi eu comme effet une augmentation du travail des enfants.

A young boy is working with his parents at a small jeans workshop in Dadun Village in Xintang, Zengcheng. He earns 0.15 yuan for snipping loose thread ends off one pair of jeans; in one day he can do about 200 pairs. In Xintang, where the economy is centered around textile production, Greenpeace has found high levels of industrial pollution and has documented the effects on the community.

● DES LOIS PLUS STRICTES, MAIS PEU APPLIQUÉES ●

La législation est de plus en plus protectrice des droits des travailleurs. La Loi relative à l’arbitrage des conflits du travail (2008) prévoit une procédure de règlement des litiges. Celle sur les contrats de travail (2007) exige que les entreprises donne aux travailleurs des contrats écrits. Celle relative à la sécurité sociale (2010) garantit une assurance pour les accidents du travail, le chômage et des indemnités de maternité. La révision en 2014 de la loi sur la sécurité au travail (2002) donne aux régulateurs locaux davantage de pouvoir, comme celui de forcer les usines dangereuses à suspendre leur fonctionnement en coupant leur alimentation. Des amendes plus importantes sont prévues pour celles impliquées dans des accidents graves du travail. Les managers sont rendus responsables : entre 30 et 80% de leur salaire annuel peut être prélevé.

Mais ces lois sociales ne sont parfois que très peu mises en œuvre. Dans certaines usines, les prestations sociales sont en option. Les autorités sont régulièrement accusées de détournement des fonds, du coup très peu de travailleurs migrants bénéficient de ces assurances. Et les usines ne remettent pas toujours un exemplaire de leur contrat de travail aux ouvriers.

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● DAVANTAGE DE REVENDICATIONS ●

Les travailleurs prennent davantage conscience de leurs droits. Le nombre de mouvements de protestation a été multiplié par 20 depuis les années 1990. Les grèves sont plus efficaces : la répression n’est plus systématique et la nouvelle génération utilise les réseaux sociaux.

● UN DIALOGUE SOCIAL SOUVENT ABSENT ●

La loi sur le contrat de travail prévoit la négociation d’une convention collective avec l’employeur, et les salariés peuvent élire leurs délégués au suffrage direct. Mais l’enquête de la FIDH montre une absence de négociations collectives, car les délégués sont nommés par la direction de l’usine. En Chine les syndicats indépendants sont interdits, seul le syndicat officiel, All China Federation of Trade Unions, est reconnu par le gouvernement. Fin 2015, une vague de répression sur des syndicats mène ainsi sept militants en détention, l’un d’entre eux est condamné à une peine avec sursis, un autre à 1 an et 9 mois de prison.

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● DES CONTRÔLES PEU EFFICACES ●

Les certifications sont raresLa plupart des enseignes ont des chartes pour leurs fournisseurs, mais ces derniers sous-traitent souvent, ce qui rend les contrôles difficiles. Les audits sont parfois peu qualitatifs, avec des auditeurs plus ou moins compétents, un manque d’indépendance, des risques de corruption et des travailleurs formés à répondre aux questions des auditeurs sociaux. Les inspections sont elles-mêmes parfois sous-traitées. La Fair Wear Foundation, une organisation qui permet d’améliorer les conditions de travail dans les entreprises, travaille avec seulement 735 usines (sur les 100 000 usines de production), et a 56 membres chinois. Les marques éthiques comme Patagonia sont rares…

Voilà. Même si des évolutions positives ont eu lieu, la situation reste critique. Le rôle des marques apparaît donc central ! Espérons que la loi sur le devoir de vigilance, adoptée il y a quelques semaines, fasse rapidement évoluer les choses (les entreprises sont désormais responsables des atteintes aux droits de l’homme et à l’environnement de leurs sous-traitants et fournisseurs). D’ailleurs je n’ai volontairement pas abordé le sujet de l’environnement, mais bien sûr, la production chinoise pose d’énormes problèmes

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Est-ce que vous boycottez le made in China ? Que pensez-vous de ces évolutions ? N’hésitez pas à partager cet article 🙂

 

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13 Comments

  • Reply Roanne 16 mars 2017 at 07:26

    Merci pour cet article.
    J’avoue que je suis tombée de haut il y a peu quand une collègue m’a appris que les enfants travaillent toujours, en Chine, car je croyais que c’était justement un pays qui les protégeait. Cela m’a bien refroidie. Déjà que j’estime que les ouvriers sont littéralement victimes d’une forme d’esclavage moderne dans la plupart des cas…
    J’aimerais beaucoup éviter d’acheter du made in China, malheureusement dans les gammes de prix dans mes moyens, c’est quasi incontournable. Mon dernier t-shirt en vient. 🙁
    Depuis que j’ai pour résolution de maîtriser à la fois l’origine et la matière de mes achats, je fais beaucoup plus attention et je vois à quel point c’est restrictif, surtout avec un budget très serré. J’ai encore des ratés mais j’essaye de m’améliorer au fil des saisons. Je me donne l’année 2017 pour changer mes habitudes de consommation de façon globale.

  • Reply Pivoine 16 mars 2017 at 09:57

    Bonjour,
    Merci pour cet article. J’avoue que les marques équitables comme Ekyog ont un prix qui me refroidit, et donc je continue à acheter des fringues issues de l’industrie la plus répandue. En compensation j’essaie de faire durer mes vêtements, de limiter ma consommation, de me tricoter des pulls à partir de laine française ou bio (comme celle venant de l’échappée laine).
    Je regrette que, quand on achète un vêtement en ligne, la marque ne précise pas le pays producteur de l’article sur son site. J’achète souvent chez Esprit sur internet et je ne découvre la provenance de mon achat que lorsque j’ai reçu mon colis. Et, dans les magasins il faut tourner le vêtement dans tous les sens pour trouver l’étiquette. C’est dommage. Il faudrait plus de transparence ce qui permettrait au consommateur d’être plus vigilant.

    • Reply Joly 17 mars 2017 at 23:51

      Bonjour,
      Je suis comme vous je fais très attention à mes achats, mais pas toujours évident ….. je me suis mise aux crochets pour me faire mes propres hauts (( tops ; petits châles ; etc….. )) voir même de voir faire des lingeries démaquillante aux crochets etc…..

    • Reply Manon 19 mars 2017 at 17:49

      Complètement d’accord, l’indication du pays devrait être obligatoire !

      • Reply Clara 22 mars 2017 at 10:38

        merci beaucoup 🙂

  • Reply Elle 17 mars 2017 at 12:03

    Personnellement, j’essaye de boycotter le made in China au maximum (et pas seulement pour les fringues) mais ça n’est pas toujours facile (je boycotte aussi le made in Bangladesh / Ethiopie / et autres pays pauvres que de sombres connards exploitent pour s’en mettre plein les fouilles). Comme je n’ai pas de gros moyens, j’achète énormément de choses d’occasion : j’ai la chance d’habiter une ville où on trouve pas mal de friperies et je ne sais pas comment je ferais sans elles ! De temps en temps, j’achète des vêtements neufs (je profite dans ce cas des soldes) mais je fais attention à la provenance : le made in Italy par exemple reste souvent abordable. Récemment, je me suis fait avoir par les vêtements de la créatrice danoise Malene Birger : made in China, et bim…. Au prix où sont vendus ses vêtements, c’est vraiment du foutage de gueule. Quant aux marques pseudo “éthiques” comme Patagonia, je trouve aussi qu’elles se fichent du monde, du “socialwashing” comme on dit : si elles étaient “éthiques”, elles ne produiraient pas dans des viviers à esclaves telle que la Chine.

    • Reply Manon 19 mars 2017 at 17:44

      Ah, elles sont nombreuses les marques hors de prix avec l’étiquette Made in China ! Après s’il y avait des labels avec des contrôles effectués correctement, le prix serait justifié, mais la plupart du temps c’est impossible de savoir.

  • Reply Lila 17 mars 2017 at 12:13

    Chouette article, merci !
    Pour ma part, je boycotte généralement tout ce qui est made in China, Bangladesh, etc, sauf quand ça vient de marques qui ont une démarche éthique. Il m’arrive aussi de faire des exceptions quand je ne trouve pas ce que je cherche et que la marque propose par exemple du coton bio, mais j’évite au maximum. Niveau prix, c’est sûr que ça demande plus d’investissement, mais comme j’achète beaucoup moins ça finit par s’équilibrer.
    En revanche, c’est important de voir qu’il y a des évolutions et que certains pays font des efforts !

  • Reply Manon 17 mars 2017 at 13:34

    Merci pour cet article ! C’est important de prendre la parole sur ces sujets… Perso dans les fringues, je m’interdis le made in China (made in Asie de manière générale), après pour certains produits c’est presque impossible ou hors budget (chaussures de sport, high tech)… C’est vraiment un sujet compliqué !

  • Reply Clara 17 mars 2017 at 19:44

    Merci de cet article !! je me pose une question…quel est ce joli pull que tu montres sur la première photo ? 😉 héhé hors sujet j’avoue ! merci

    • Reply Manon 18 mars 2017 at 10:34

      Ahah pas de souci 🙂 Il s’agit d’un pull American Vintage, qui date de 4 ou 5 ans je crois.

  • Reply Camille 19 mars 2017 at 16:21

    Merci pour cet article, et merci de nous rappeler combien les conditions de travail restent difficiles en Chine. J’avais vu cependant passer une statistique tout aussi intéressante, qui montre la dégradation des salaires dans certains pays de l’Union européenne, avec notamment un salaire horaire portugais en forte baisse et presque aussi peu cher que le salaire chinois (source : https://fr.express.live/2017/02/28/salaire-horaire-ouvrier-chinois/ ).
    Pour ma part, j’essaie de faire attention au made in China, mais ça n’est pas toujours évident (il m’arrive encore des surprises désagréables et énervantes en achetant des marques françaises dont je découvre la fabrication chinoise…) et ça devient un vrai casse-tête quand on n’est même plus certain qu’acheter du made in Portugal ou Spain garantit un certain bien être des ouvriers de ces pays.

    • Reply Manon 19 mars 2017 at 17:42

      Merci beaucoup Camille pour ce lien. En effet c’est un véritable casse-tête, je suis confrontée aux mêmes dilemmes. Il y a beaucoup à dire sur ce qui se passe en Europe, et notamment dans les pays de l’Est. Quand je vois que des marques comme Sézane fabriquent de plus en plus là-bas d’ailleurs, ça mériterait qu’ils fassent davantage preuve de transparence… Les conditions de travail sont souvent dramatiques, parfois pires qu’en Chine car il y a moins de contrôles (on se méfie moins du made in Europe…). Bref, il faut que je fasse un article !

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